À Sancerre, dans le Cher, le 26 juillet 1895, naît un quatrième enfants dans la famille du maçon Pierre Darchy et de son épouse, Marie-Emma. Le petit garçon est baptisé Romain mais son prénom usuel restera toute sa vie, Maurice. En âge, il est scolarisé chez les Frères des Écoles chrétiennes. Puis il poursuit sa scolarité à Montluçon et Orléans. Romain obtient son brevet élémentaire. En 1912, à 17 ans, il entre comme second clerc à l'étude notarial de sa ville natale. Bon catholique, il devient secrétaire du patronage Notre-Dame de Sancerre. Bon musicien, il participe à la fanfare municipale, où il joue du tuba. Fervent royaliste, il s'engage dans la section berrichonne de l'Action française. Ligueur, il utilise comme pseudo ses prénoms de baptême (Romain Maurice). Il restera attaché au néo-monarchisme puisqu'on le retrouve faisant des dons au mouvement de Léon Daudet et Charles Maurras pendant les années trente. En décembre 14, il est incorporé au 27e Régiment d'Infanterie (R.I.) puis au 408e. Ces régiments combattent dans la Somme, l’Oise, l’Aisne et la Marne. Le 2 avril 1916 il reçoit la médaille militaire des mains du général Joseph Joffre (1852 †1931) : « Agent de liaison particulièrement méritant. A fait preuve d’une bravoure et d’une énergie exceptionnelles. Enseveli sous un abri il est parvenu à se dégager, en continuant immédiatement l’exécution de sa mission périlleuse et refusant de prendre le moindre repos ». Promu caporal, puis sergent le 28 mars 1918, il est, de nouveau, cité à l’ordre du corps d’armée. Lors de la grande offensive Ludendorff, le 15 juillet 1918, le poilu Darcy est gazé au bois d’Eclisse et fait prisonnier. Interné en Allemagne jusqu’à l’armistice, libéré, il termine la Grande Guerre décoré de la croix de guerre avec palme, étoile de bronze et de vermeil. Gravement blessé et gazé il est soigné plusieurs mois dans divers hôpitaux. En mars 1919, lieutenant de réserve, il retrouve sa vie familiale et devient clerc de notaire. En août 1920, il se marie avec Jeanne Méchin qui lui donne deux filles et un garçon. En 1928, dans la cour d'honneur des Invalides, il reçoit la Légion d’Honneur des mains du général Henri Gouraud (1867, †1946). La même année il s'installe à Sèvres, près de Paris, et travaille au service contentieux du grand magasin « le Bon Marché ». En 1933, nouveau déménagement de la famille, pour la ville de L'Aigle dans l'Orne, où Darchy devient huissier de justice. Comme à ses habitudes il s'engage socialement, préside l'association sportive et fonde la section locale des médaillés militaires. En 1935 le royaliste est élu sur une liste d'union républicaine au conseil municipal. En 1939, le père de trois enfants, s'enrôle dès la déclaration de guerre. Le lieutenant est à la tête d’une section du 102e R.I. Lors de la campagne de France, nommé commandant d'une compagnie de fusiliers-voltigeurs, il fait l’objet d’une citation à l’ordre de la division : « Commandant de compagnie remarquable par son calme et son sang-froid... a su par son exemple, inspirer confiance à tous... A pris aussitôt l’attaque repoussée, de judicieuses dispositions pour le remettre en état de défense ». Darcy reçoit ses galons de capitaine. Puis, il est évacué en raison d’une appendicite aigüe. Il ne regagne sa famille qu'après sa démobilisation en août 1940. L'Aigle dans le pays d'Ouche, si chère à Jean de La Varende (1887, †1959), est comme le reste du département occupé par les Nazis. Romain Darchy ne suit pas l’enthousiasme de Charles Maurras pour le plus républicain de nos maréchaux. Dès son retour auprès des siens il souhaite rejoindre Londres et le général de Gaulle, sa femme l'en dissuade. Pourtant l’infatigable patriote ne reste pas inactif. Il entre en contact avec la résistance naissante. Président de l'association des médaillés de la Grande Guerre il adhère à l'Organisation Civile et Militaire (O.C.M.) du colonel Alfred Toumy (1886, fusillé par les nazis en avril 1944). La petite « Vendée normande » (le pays d'Ouche), garde mémoire de Charlotte Corday (1768, guillotinée par les sanguinaires le 17 juillet 1793), mais aussi de Louis-René Gallery (1774, †1843) – le second de Louis de Frotté (1766, fusillé le 18 février 1800) le chef de la « chouannerie normande » -, qui a combattu l'usurpateur. Et ce pays de forêts et de plateaux renoue avec ses traditions d'insoumissions et de rébellions. Cachant les réfractaires, organisant les premiers maquis, Darchy est mandaté par l'armée secrète (A.S. – gaulliste) pour dirige le bureau des opérations aériennes (B.O.A.) dans son secteur l’Aigle-Mortagne. Inlassablement l'huissier de justice va arpenter la région et organiser les terrains pour les opérations d'atterrissages et d'enlèvements (opérations pick-up) et repérer les bons lieux pour les largages du matériel. Suivant les consignes londoniennes la résistance se structure. Le capitaine Darcy est nommé chef de l'Armée Secrète (A.S.) pour le département de l'Orne en janvier 1944. Ce bon père de famille de près de cinquante ans s'engage pleinement dans ce nouveau combat. C'est l'époque où s'organise les Forces françaises de l'intérieur (F.F.I.) dirigées de Londres par le général Pierre-Marie Koenig (1898 †1970). Mais aussi le temps où la chasse aux résistants s'intensifie avec l'aide des milices et autres mouvements collabos. Le chef de l'Armée secrète est particulièrement recherché. Il est arrêté à son domicile, le 5 février 1944, par la Police Secrète d'État (Geheime Staatspolizei). D'abord retenu à la caserne Bonet il est transféré à la prison du château des Ducs à Alençon. Pendant quatre mois les tortionnaires nazis vont le torturer sans ménagement. Finalement, après les débarquements, ils l'assassinent le 11 juin et font disparaître son corps qui ne sera jamais retrouvé. Romain Darcy ne sera pas oublié puisque la ville de L'Aigle lui rendra à plusieurs reprises hommages.