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Robert Heitz
(1895 – 1984)
Robert Heitz est né dans le Reichsland Elsaß-Lothringen à Saverne en 1895. Son père était maître boucher et sa mère, née Marie Rischmann, l'éduque, avec son frère aîné Fernand (1891 †1963), dans la foi catholique et l'amour de la France. Le malheur touche la famille lorsque le père décède en 1908. Courageusement la jeune veuve s'installe à Strasbourg et décide de mettre Robert au collège épiscopal Saint-Etienne pendant que son aîné entre à la faculté de droit. Fernand fait une très belle carrière d'avocat. Durant les années 30, il est le responsable de l'Action française à Colmar. Pendant l'Occupation il est nommé, par Vichy, conseiller à la cour d'appel d'Alger puis premier président à Dakar, Poitiers et enfin procureur à Nancy. Après guerre il devient bâtonnier au barreau de Colmar. Son jeune frère suivra ses pas et entre en 1913 à la faculté de droit. Mais la vraie, l'unique, passion de Robert Heitz est la peinture. Comme il l'écrira pour se justifier « L'origine de ma passion pour la peinture se trouvait non point dans l'envie de reproduire une chose vue, mais dans l'admiration que je porte aux chefs-d’œuvre du passé ». En 1914, tous les jeunes Alsaciens doivent se rendre aux casernes pour y être enrégimentés sous l’uniforme allemand. Fernand est envoyé en Thuringe pendant que Robert reste à Strasbourg. « Une scarlatine providentielle me fit échouer à l'hôpital militaire de Strasbourg-Neudorf, Festungslazaret X, dirigé par le professeur Demeter Ritter von Tabora... » Bien que guéri, le professeur va garder le jeune homme pendant toute la guerre, d'abord comme malade puis comme infirmier militaire dans son lazaret. Début novembre 1918, dans le grand désordre qui précède la capitulation allemande, prélude au retour à la France des « provinces perdues », émerge à Strasbourg un « Soviet » lancé par des soldats allemands ayant déserté leurs unités avec des syndicalistes et des citoyens. Le 9 novembre 1918, Robert Heitz est élu président de l’Arbeiter und Soldatenrat (Soviet des Comités de soldats) de l'hôpital. Mais, franchement francophile et anti-communiste, le jeune homme n'assiste que trois fois aux séances du soviet central de la capitale. S’éloignant du mouvement, qui fera d’ailleurs long feu, il organise le rapatriement de ses malades allemands dans leur pays. A la sortie de la Grande Guerre, il est engagé par l'administration judiciaire des finances. Puis, en 1920, il devient conseiller juridique au siège des Assurances sociales d'Alsace-Lorraine. Poursuivant sa passion artistique il participe à plusieurs groupes : en 1919 « Le groupe de Mai » ; puis en 1924-25 «  Le groupe des 4 » ; et encore, avec Daniel Schoen, à « La Barque » qui expose à Paris. Après le retour à la France, la République cherche à imposer les lois républicaines votées pendant la période où l’Alsace-Moselle était allemande, notamment la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État, mais aussi celles concernant les assurances sociales, les retraites, l’école, la chasse, etc. Du côté des religions les deux provinces sont régies par le Concordat, un traité international signé entre la République française et le Saint-Siège le 15 juillet 1801, par le pape Pie VII et le premier consul Napoléon Bonaparte. Les traités internationaux s'imposent face aux lois locales. L'Alsace restera sous le régime du Concordat. Si cela ne pose pas trop de problème à la nouvelle assemblée nationale (chambre bleu horizon) qui cherche l'apaisement avec le Saint-Siège, les choses changent en 1924, avec l’arrivée du Cartel des Gauches, derrière Edouard Herriot, qui décide d'appliquer la loi de séparation... Toute l'Alsace (catholiques, protestants, israélites) se soulève. Le mouvement néo-monarchiste, l'Action française, devient le fer de lance de la contestation. Nouvellement implanté en Alsace, par Jacques Denizane et Paul Armbruster, l'AF qui mène campagne en défendant les particularismes régionaux contre le centralisme autoritaire parisien, remporte rapidement un immense succès. Les Heitz ne sont pas royalistes par tradition. Lorsque Fernand s'engage à l'Action française c'est bien pour défendre les libertés régionales. Robert le rejoint en 1924. Comme il l'écrit dans les années 1960 : « Nous faisions nôtre le slogan : « le régime n'est pas la France »... C'est la doctrine de l'Action française faite à la fois d'un patriotisme intransigeant et de régionalisme qui a sauvé notre foi en la France » car fondamentalement ce qui va animer les engagements politiques de Robert, et Fernand, est l'amour de l'Alsace. Bien que catholique, le jeune homme n'est pas troublé par la condamnation de l'AF (1926) : « Elle a constitué pour la plupart de nos camarades catholiques un affreux cas de conscience. Pour ma part ce geste si manifestement dicté par la plus vile opportunité politique n'a fait que renforcer ma sympathie active pour les idées de Charles Maurras... » La déclaration de guerre (1939) le trouve directeur de l'Institut des assurances sociales replié au sanatorium de Saales près de Molsheim (Bas-Rhin). Dès le mois de juin 1940, l'Alsace est annexée de fait au IIIe Reich (sans aucun traité). Les jeunes Alsaciens sont ainsi incorporés de force dans l’armée allemande et envoyés sur tous les fronts : 40.000 d’entre eux y laisseront leur vie, plusieurs milliers croupiront pendant des années dans les camps de prisonniers soviétiques. Alors que beaucoup de patriotes alsaciens fuient clandestinement la région, contribuant aux premiers réseaux de résistance en zone non occupée, Robert choisit de rester en Alsace. Le 11 novembre 1940 il participe à la réunion clandestine chez Eugène Hussmann et reste en contacts avec ses amis monarchistes : Joseph Rey, Paul Armbruster et Jean Eschbach. Par l'intermédiaire de Rey, il rencontre le juge Alfred Weninger, et, par un industriel de Sainte-Marie-aux-Mines, Jean-Paul Lacour. Il prend contact avec le colonel Louis Andlauer, (alias Kellermann) des Services du renseignements (S.R. Vichy) basé à Saint-Dié. En 1941, il participe aux réunions de l'organisation clandestine du docteur Bareiss, mais s'en éloigne, la jugeant peut discrète. Puis, il entre en relation avec un autre groupe de résistants autour de René Clément, ancien directeur de la Banque de France ; Henri Eschbach, conseiller d'État et ancien président du tribunal administratif ; Alfred Weninger, juge, et le libraire Octave Landwerlin. En septembre 1941, Weninger lui demande de rédiger un rapport sur la situation de l'Alsace annexée. Ce document doit présenter les problèmes alsaciens (militaires, économiques, administratifs, scolaires, culturels, religieux et linguistiques…). Lorsqu'il le termine son ami Joseph Fleurent, premier président de la cour d'appel de Colmar, apporte certaines précisions. Jean-Paul Lacour le transmet au colonel Louis Andlauer qui le transmet à Vichy mais aussi aux Alliés et aux services du général de Gaulle. En janvier 1942, le Reichmarschal Hermann Goering, chargé de l'économie du Reich, fait rédiger un dossier (très pessimiste) sur l'économie du Reich. Heitz et ses amis, dès février 1942, en font une synthèse appelée « Rapport économique » qui est largement diffusée. Le 12 avril 1942, les Allemands découvrent dans le train Paris-Toulouse ces documents qui permettent à la Gestapo de Strasbourg de détruire l'organisation du docteur Bareiss. Robert Heitz va être arrêté deux fois : le 8 et le 22 mai 1942. Protégé par son statut de Regierungsrat (haut fonctionnaire) il est relâché. Mais le 9 septembre 1942, arrêté une troisième fois, il est détenu à Strasbourg, accusé d'avoir rédigé le fameux « Rapport d'Alsace ». En attente de son procès il est enfermé au camp de Schirmeck. Du 4 au 10 mars 1943, devant le Reichskriegsgericht (cour martiale du Reich) de Strasbourg, Robert Heitz est accusé «d'être membre d'une organisation d'espionnage et d'avoir apporté une aide à l'ennemi ». Condamné à mort, la sentence est confirmée le 16 avril 1943. Beaucoup de gens vont intervenir pour sauver l'Alsacien. Certains autonomistes, des Allemands antinazis et les services du maréchal Pétain. Le 15 août 1943 la sentence est suspendue. Heitz passe par les prisons de Bruchsal et de Ludwigsburg (près de Stuttgart). Le 20 avril 1945, il est libéré par l'avancée des Alliés. Après guerre il reprend son travail à la Caisse des Assurances sociales d'Alsace-Lorraine. Il entre à la direction de cette organisme de 1945 à 1962. Il devient aussi président de la section du Bas-Rhin de l’Association des internés et déportés politiques d’Alsace tout en poursuivant ses activités de peintre. Président des Artistes indépendants d'Alsace il le reste jusqu'en 1972. Robert Heitz est élu au conseil municipal de Strasbourg de 1959 à 1971, adjoint à la culture de Charles Frey puis de Pierre Pflimlin. Il décède à Strasbourg le 14 novembre 1984.