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Le comte Robert d'Harcourt
(1881 – 1965)
Comme le raconte Jean Mistler, lors de sa réception le 13 avril 1967 à l'Académie française, lui succédant au 14e fauteuil : « Robert d'Harcourt est né le 23 novembre 1881 en Seine-et-Marne, au château de Lumigny. Dans ce domaine, qui appartenait à son grand-père maternel, le marquis de Mun. Il y passa la plus grande partie de son enfance (…) Le milieu dans lequel s'est déroulée sa jeunesse est le même que celui des Mémoires de la duchesse de Grammont ou de la comtesse de Pange : un petit monde qui a disparu sous nos yeux, emporté par les deux cataclysmes de 1914 et de 1940 (…) À cette époque, l'éducation, dans l'aristocratie comme dans la bourgeoisie, était beaucoup plus stricte qu'aujourd'hui : les enfants n'étaient pas des petits rois et d'ailleurs, dans la vieille France, les enfants royaux eux-mêmes recevaient parfois la fessée... » Avec son frère ainé Joseph (1879, †1940) ils retrouvent sa mère, Adélaïde de Mun, et son père au château de Lumigny puis à celui de Grosbois en Bourgogne. Son père, Pierre, capitaine d'État-major venait de démissionné de l'armée pour se consacrer à ses lectures. Grand lettré il imposa à ses enfants des lectures studieuse et la fréquentation assidu de la grande-bibliothèque de 40 000 volumes réunit par huit ou neuf générations familiale. Les jeunes garçons ne vont pas à l'école ils reçoivent l'éducation de précepteurs. Tant et si bien qu'en 1897 Robert réussit brillamment son baccalauréat de rhétorique. En 1900 le jeune homme s'inscrit à l'Institut catholique de Paris - licencié en lettres classiques (1902), en histoire (1903), en allemand (1905) il y prépare sa thèse de doctorat. Cela lui prend un peu plus de temps car lorsque la République s'empare des biens de l'Église, Robert et son frère aîné, Joseph, s'engagent contre le vol-viol des saintes reliques. Arrêté une première fois lors des bagarres autour de la basilique Sainte-Clotilde, il est condamné à 6 mois de prison en 1906 pour avoir, du haut du confessionnal de l'église Saint-Pierre du Gros Caillou, bombardé de projectiles les profanateurs. Peu après, sa tante, Jeanne de La Tour du Pin, lui lègue une ferme dans le Nivernais ce qui lui permet de financer ses séjours en Allemagne et en Autriche. En 1912 il dépose sa thèse de doctorat sur le romancier suisse Conrad Ferdinand Meyer, qu'il soutien en Sorbonne. Ayant rejoint l'Action française il préside la section du onzième arrondissement de Paris jusqu'à la Grande Guerre. Entre temps il épouse le 11 juillet 1912, en l'église Notre-Dame de Grâce de Passy, Ghislaine de Riquet, princesse de Caraman-Chimay (1894, †1965), la nièce de la comtesse de Greffulhe que Marcel Proust immortalise sous les traits de la duchesse de Guermantes. Le couple aura quatre enfants : Anne Pierre (1913 †1981), Marthe Marie (1919 ….) Charles (1921 †1992) et Louis-Marc (1926, †2015) Bon sang ne saurait mentir, en 1914 il refuse d'être un Français de l'arrière. Il s'engage. L'armée le verse au 325e Régiment d'Infanterie (R.I.). Blessé, fait prisonnier en février 1915, Léon Daudet dit « … Robert d'Harcourt s'est évadé trois fois et a failli être tué, à bout portant la troisième fois. C'est un spécialiste de l'évasion... ». En souvenir de ses combats il garde une balafre, un bras en écharpe, la croix de guerre, la médaille militaire et légion d'honneur... Dès son retour à la vie civile il reprend ses activités et préside de nouveau sa section de l'AF jusqu'en 1926. Il publie « Ses souvenirs de captivité » dans la Revue Universelle. Depuis 1920 et jusqu'à sa retraite en 1957, il est titulaire de la chaire de littérature allemande de l'Institut catholique de Paris. Car Robert d'Harcourt est un germaniste reconnu. Germanophile il ne confondra jamais l'Allemagne avec ses régimes politique. Même pendant les guerres, et ses engagements, il poursuivra ses études sur la littérature allemande. Comme le dit son arrière petit-fils Jean de La Rochefoucauld dans son article « Robert d’Harcourt, témoin exigeant du couple franco-allemand », Revue des Deux Mondes du 25 octobre 2016 : « Même pendant la Seconde Guerre mondiale et le triomphe de « l'Allemagne de l'acier », il gardait au fond de son cœur une place inexpugnable pour « l'Allemagne du rêve » ». En 1926, en réponse à la promulgation de la mise à l'index de nombreux écrits de Maurras par le Vatican, le maître de l'Action française répond le 24 décembre par son célèbre Non possumus. Le comte d'Harcourt lui écrit : « Pour ma part, j'ai suivis l'A.F. jusqu'au « Non possumus» qui a été pour moi et d'autres le « Non possumus » de la suivre plus loin. Je l'aie suivie jusqu'à la frontière extrême qu'à mes yeux une conscience catholique devrait s'interdire de franchir. » Il quitte le mouvement, pourtant jusqu'à sa dernière heure Robert d'Harcourt respectera les écrits de Maurras et reste fidèle au duc de Guise, puis au comte de Paris. Pendant les années 20-30, Robert d'Harcourt, grand connaisseur de l'Allemagne enquête et écrits sur ce qui se passe outre Rhin. Comme Xavier de Hauteclocque, il dénonce le nazisme dans les revues Études, La Revue des deux mondes mais aussi dans La Croix, l'Écho de Paris, le Correspondant, le Figaro. Mais d'Harcourt n'a pas le goût morbide des germanophobes, à chaque fois il nuance son propos sur les Allemands, jamais sur Hitler et ses barbares. Pourtant il ne se fait aucune illusion et écrit : « La presse et, en général, l'intelligence vont connaître en Allemagne des temps sombres. Les maîtres actuels du pays redoutent le règne de l'esprit. Ils savent que leur seul point d'appui est l'élément affectif... C'est sur une Allemagne fanatisée et décérébrée que le racisme prétend établir sa domination ». En 1933, il constate dans La revue des Deux mondes « La terreur hitlérienne » et la haine des nazis pour les catholiques « Dictature hitlérienne et catholiques d'Allemagne ». En 1936, il publie le livre qui va définitivement le faire connaître : L'évangile de la Force où il dénonce l'embrigadement de la jeunesse et l'incompatibilité totale entre le racialisme nazie et le christianisme. Il poursuit ses analystes par une comparaison entre les deux systèmes totalitaire qui domine l'Europe : article « Étoile rouge et croix gammée » toujours dans La Revue des deux monde (15 avril 1937). Pour lui le nazisme et le communiste ne sont que la même face du mal qui gangrène le siècle. Évidemment, en 1940, la défaite de la République l'oblige à une semi clandestinité. Ses livres sont interdit (liste Otto du 28 septembre 1940). Réfugié à Lyon, il passe quatre fois clandestinement la demarkationslinie. À Paris, il ne peut aller dans son appartement perquisitionné plusieurs fois. Il loge chez des amis où à l'hôtel. Accueillit chez sa sœur la marquise d'Argenson, il y prononce plusieurs conférences ou il reprend celles qu'il a données à Lyon en zone Vichy. Il publie, a ses frais, plusieurs textes clandestins sous les initiales H.B. (Harcourt-Beuvron) dont six lettres à la jeunesse. Dans la dernière lettre il dit : « Nous tenterons de rester fidèles, fidèles à ces choses aujourd'hui périmées : la dignité de l'homme qui est liée à sa liberté ; le respect des alliances et des paroles données ; le respect des peuples, même quand ils sont petits. Nous nous rangeons résolument du côté des valeurs et des mots qui n'ont plus court... Dans un monde agenouillé, nous pourrons nous rendre témoignage d'être restés debout. » En zone Vichy, il travail avec le père Chaillet et Témoignage chrétien. En zone nord avec le journal Défense de la France de Philippe Vianney lui aussi proche de l'A.F. avant guerre. En 1942, il apprend que son fils aîné Pierre est condamné à mort. En 1943 que son cadet Charles vient d'être arrêté en sortant de la librairie de dame Wagner « Aux vœux de Louis XIII » rue Madame à Paris. En effet ses deux aînés n'ont pas hésité pour s'engager dans la Résistance. Pierre mobilisé en 1939, fait prisonnier l'année suivante, s'évade et se réfugie chez son oncle Jean de Caraman-Chimay qui administre la maison de champagne « la veuve Clicquot ». Rentré à Paris il prend contact avec Maurice Dutheil de la Rochère et le réseau du Musée de l'Homme. Contacté par le S.R. de Vichy il accepte de recueillir des renseignements. Sous le pseudo de Richard il monte une filière pour passer la Demarkationslinie qui servira à de nombreux aviateurs. Pour obtenir des renseignements sur le blindage allemand, il entre en contact avec un autrichien travaillant chez Siemens. Le 9 juillet 1941, sortant de la station du métro Porte Maillot il est arrêté par la police allemande. Pierre tente de fuir, les policiers tirent, blessé à une jambe et au poumon, il s’effondre. Hospitalisé à La Pitié puis incarcéré à Fresnes, après plusieurs interrogatoires il est condamné à mort. Son père intervient fait joué toutes ses relations à Vichy et en Allemagne... L'épouse du premier ministre Hongrois, madame Elisabeth Kallay intervient auprès d'Hitler. La condamnation à mort est commuée en détention. Déporté Nacht und Nebel (Nuit et brouillard) le 29 novembre 1943 Pierre d'Harcourt prend le train I 156 et devient le numéro 21521 à Buchenwald, Dora puis à Ravensbrück commando de Barth d'où il est libéré le 30 avril 1945 Comme son frère aîné, Charles participe, comme engagé volontaire, dans un régiment de char, aux combat de mai/juin 1940. Fait prisonnier, il s'évade du camp de Meucon (Vannes) et se réfugie en Algérie. Rentré en métropole il reprend ses études à Paris. Comme son père il entre en relation avec Philippe Viannay et diffuse le journal Défense de la France. Il porte journaux, fausse carte d'identité et renseignements à Épernay, dans la marne, à Maurice Germain du réseau Eleuthère d'Hubert de Lagarde. Le 20 juillet 1943 il est arrêté dans la libraire « Aux vœux de Louis XIII » qui sert de dépôt pour le journal. Il rejoint son frère à Fresnes et part pour Compiègne. Charles d'Harcourt prend le train I 172 du 22 janvier 1944 et devient le numéro 43195 à Buchenwald d'où il est libéré le 11 avril 1945. Leur plus jeune frère Louis-Marc participe aux combats de la libération et épouse, après guerre, Thérèse la fille de Yolaine et d'Oliver de Sesmaisons, autres grande famille de résistants. À la Libération, monsieur le comte Pierre d'Harcourt est élu, en 1946, au 14ème fauteuil de l'Académie française. Siège prestigieux s'il en est puisqu'il succède aux maréchaux Hubert Lyautey et Louis Franchet d'Espèrey. Robert d'Harcourt ne reste pas inactif il souhaite l'amitié franco-allemande et signe en 1954 une déclaration pour la communauté européenne de défense. Il s'engage, avec Jacques Madaule, au Comité National de l'Amitié judéo-chrétienne. L'un de ses derniers engagements est de signé en 1960 le « Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon (de l'Algérie) » le 7 octobre 1960. Le comte Robert d'Harcourt décéde le 18 juin 1965. Bibliographie Robert d'Harcourt de l'Académie française - Souvenirs de captivité et d'évasion (Nouvelles librairie nationale, 1922. Réédition Payot, 1935). - L'évangile de la Force (Plon, 1936). - Catholique d'Allemagne (Plon, 1938). - Le Nazisme peint par lui-même (Revue des jeunes, 1946). - L'Allemagne et l'Europe (Payot, 1960.) - L'Allemagne d'Adenauer à Erhard (Flammarion, 1964).