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Louis de Dartein
(1881 – 1949)
Il y a bien longtemps la famille Dartein vivait dans le Périgord mais son histoire commence vraiment en 1761 lors de l’arrivée de l'ancêtre en Alsace. Jean-Baptiste Dartein reçoit l'année suivante la charge de Commissaire général des fontes de l'artillerie, à la fonderie royale de Strasbourg. Le bon roi Louis XVI l’anoblit en 1778. Parmi ses descendants figurent plusieurs grands serviteurs de l'État, mais aussi des inventeurs, des architectes, des peintres et des officiers qui s'illustrent aux cours des guerres du XIXe siècle. Dont Charles-Felix (1836 †1882), le fils aîné du Sous-préfet de Sarrebourg François Félix (1796 †1866). Ayant terminé Saint-Cyr (1852), le sous lieutenant participe à la guerre de Crimée, à la campagne d'Italie (1859) où il reçoit les médailles d’Italie et de Sardaigne. En 1867 il est promu capitaine. Fait prisonnier au début de la guerre de 1870 il est emprisonné à Magdebourg. En 1875, libéré muté en Algérie il commande un groupement de Zouaves. C'est là, à Médéa, que naît son troisième enfant Louis le 15 janvier 1881. Élevé par sa mère, veuve en 1882, le petit Louis choisit, à l'exemple de son oncle Gustave la carrière ecclésiastique et part faire ses études de philosophie et de théologie à Rome. Il est ordonné prêtre le Ier août 1908 et sert à Saint-Louis-des-Français. Dès le début de la Grande-Guerre, mobilisé, il est part sur la Marne. Lors d'une contre-offensive tous les officiers de son régiment disparaissent. Le jeune Dartein regroupe les quelques hommes qui restent de sa compagnie et repart à l'attaque réalisant l'objectif décidé par l’État-major. Gravement blessé, le président Raymond Poincaré (1860 †1934) vient en personne lui épingler la Croix de guerre avec palme et la Croix de chevalier de la légion d'honneur. Dartein lui propose de créer un corps d’aumôniers militaires. Si le président de la République est d'accord, son président du Conseil (1er ministre) Georges Clemenceau (1841 †1929) s'y oppose. Pourtant la République anticléricale permettra la création des aumôneries militaires. L’Alsace enfin libérée en 1918, la cathédrale de Strasbourg cherche un remplaçant à l'évêque allemand Adolf Fritzen (1838 †1919) qui vient de démissionné. Le Chapitre de la Cathédrale, conformément au Concordat toujours appliqué en Alsace, propose l'abbé Louis de Dartein. Le chef du gouvernement refuse catégoriquement. Ce fut pourtant un aumônier militaire qui fut choisi Monseigneur Charles Ruch (1873 †1945). En 1919, Dartein devient curé de la paroisse de Colroy-la-Roche, dans la vallée de la Bruche (Alsace) et participe au soulèvement alsacien (1924) contre la laïcisation forcée décidée par le Cartel des gauches. Il prend contact avec les royalistes alsaciens (Paul Armbruster, Jean Eschbach, etc) et va s'engager de plus en plus dans l'action politique. En effet Charles de Dartein est royaliste tendance néo-monarchiste maurrassienne. Lorsque la famille du duc de Guise (Jean d'Orléans 1874 †1940) hérite de la charge royale (1926) le Prince décide de donner au jeune Henri (17 ans) et à sa sœur Anne, un précepteur. L'Action française lui impose l'abbé qui sera remplacé deux ans après par le général Henri de Gondrecourt... De retour en Alsace, Dartein s'ennuie beaucoup, il demande à être relevé de ses obligations et s'installe à Plobsheim près de Strasbourg. De là, il prend la direction du Groupe Royaliste d'Alsace après la dissolution de l'AF (1936). La guerre et la débâcle de 1940 le trouve dans son village. Par prudence, au regard de ses engagements et activités contre les autonomistes pronazis d'avant-guerre, il informe les autorités qu'il est le précepteur de la vice-reine d’Éthiopie... En effet, la princesse Anne de France (1906 †1986) est mariée a Amédée de Savoie-Aoste (1898 †1942) le vice-roi d’Éthiopie. Immédiatement sa maison est gardée par deux feldgendarmes qui lui présentent les armes. Prétextant une visite à des paroissiens imaginaires il reçoit la visite d'un colonel allemand : « Je viens vous apporter un auweis qui vous permettra d'aller voir vos paroissiens. » Ainsi l'ancien précepteur du comte de Paris peut aller à Vichy voir l'un de ses cousins Maurice de Dartein, qui lui propose de rencontrer le Maréchal. Sa réponse est nette : « Je ne tiens pas à voir le Maréchal car je pourrais lui dire des choses fort désagréables ! » Il part retrouver ses amis royalistes alsaciens au Fleix, participe à la réunion du Gabastou. Le plus grand problème en juillet 1940 est d'entrer en contact avec Londres et le général de Gaulle. Après des tentatives infructueuses des membres du groupe (voir la Gabastou) Il est décidé d'envoyer directement un mandataire dans la capitale Anglaise. Ainsi monsieur l'abbé de Dartein devient le premier envoyé d'un groupe de résistants dans le royaume d'Angleterre. Ayant rejoint Londres (grâce à son auweis), il s'engage (le 3 septembre 1940) avec le général de Gaulle. Il est nommé, en remplacement de Thierry d'Argenlieu ( 1889 †1964), , aumônier des Forces Navales Françaises Libres (F.N.F.L.), en poste à Portsmouth à bord du cuirassier Courbet d'octobre 1940 à avril 1941, puis à Marine Pointe-noire. Il y croise un gamin de la vallée de la Bruche. Ce dernier raconte « À Brazzaville récemment passée à la France Libre, il avait vu arriver un prêtre à longue barbe (...) et l'excellent abbé, aumônier des troupes de Leclerc, il l'invita tout de go à déjeuner, disant qu'il aimait mieux être chez le fils de M. Oschwald, missionnaire protestant, qu'au banquet officiel prévu ce jour-là ! ». Rapatrié sanitaire en février 1943. Affecté en mai à la base de chasseurs de Cowes, malgré son âge il participe aux sorties en mer et l'Alsacien se révèle excellent marin. Démobilisé le 18 juillet 1945, il fait rencontrer Philippe de Gaulle et « Henriette de Montalembert de Cers, que j'ai rencontrée à Nice, puis à Lyon où m'avait invité son oncle, le père Louis de Dartein, ancien aumônier de la Marine que j'ai connu dans la France Libre. Ma fiancée appartient à la branche aînée de sa famille, celle du marquis de Montalembert (...) » L'abbé Louis Charles de Dartein, chevalier de la Légion d'honneur, décède le 6 novembre 1949 à Strasbourg, ayant servi Dieu, la France et le Roi. Bibliographie - Henri Comte de Paris, Au service de la France, mémoires d'exil et de combat, éditions Atelier Marcel Jullian 1979 - Michel Schreiber, Histoire de la famille Dartein, Disponible auprès de l’auteur : michelschreiber@yahoo.fr Kibler, Marcel, La résistance Alsacienne, propos recueillis par André Simon, éditions J. Do Bentzinger, 2008. Eschbach, Jean (fils), Au cœur de la Résistance Alsacienne, le combat de Paul Dungler, éditions Saint Rémi, 2003. Béné Charles, L'Alsace dans les griffes nazies, 7 volumes, éditions imprimerie Fetzer,1971.