Au tout début, quand la France est encore maréchaliste à 90%, dès le mois de septembre 1940, Jean fait paraître le premier numéro d'une journal polycopiée : La Vérité française. De fait le groupe est assimilé, en 1946, par Germaine Tillion, liquidatrice du réseau qu'elle nomme Hauet-Vildé, à la nébuleuse du « Musée de l'Homme ».
Jean est le fils de Victor de Launoy, négociant, et de Marie Clère. Il est né à Dunkerque le 7 août 1900. Après la Grande Guerre il s'engage dans l'armée et fait son service au 14e régiment de Spahis. De 1922 et 1925 il participe à la guerre du Rif au Maroc (Croix de Guerre et médaille coloniale). Dès son retour, ouvrier monteur d’avion, il s'inscrit aux réunions et manifestations de l'Action française. Les renseignements généraux notent sa participation au grand rassemblement du Vel'd'hiv en 1926. Il épouse, en première noce, le 6 septembre 1930 Yvonne Kety. Le jeune couple a un enfant. Le père de famille passe sa Capacité en droit et devient assureur. À la veille de la guerre, il est inspecteur à la compagnie La Paix. Pendant l'occupation, le 20 mai 1942, alors en prison à Fresnes il épouse, en deuxième noce, Thérèse Massip juste avant d'être fusillé.
Mobilisé en septembre 1939, il fait la guerre dans la cavalerie motorisée. Démobilisé, en août 1940, après une visite chez son confesseur le père dominicain Joseph Guihaire (1891 décapité à Brandenbourg, le 5 décembre 1942), Jean de Launoy crée, avec le docteur vétérinaire Julien Lafaye (1880 †1944), un groupe clandestin pour dénoncer l'occupant et la désinformation des journaux collabos. C'est La Vérité française dont le premier numéro paraît en septembre. C'est le seul journal de la résistance qui se déclare ouvertement gaulliste à cette époque.
Dans son numéro 3 (octobre 1940), Launoy publie une lettre à Charles Maurras. « Je vous dirais tout d'abord, mon cher Maître, que je suis et que je demeurerai toujours le plus dévoué de vos disciples. J'ajoute que depuis plus de vingt ans, je m'efforce de propager vos idées qui, si elles avaient été mieux écoutées nous auraient préservés des malheurs présents. Au Quartier Latin et ailleurs, j'ai baroudé maintes fois et connu les geôles de la gueuse.(...) Quand au général de Gaulle, nous ne le connaissons, Maître, que d'après vos écrits. Vous le jugiez précurseur clairvoyant, ardent patriote, grand génie militaire. Peut-on jeter la pierre à ce bon soldat qui lutte encore pour son pays avec toute son énergie et toute sa science. » En effet tous les livres du général de Gaulle ont été chroniqués dans l'Action française par Hubert de Lagarde qui deviendra chef F.F.I., et, dès le 6 juin 1940, Charles Maurras, Léon Daudet, Maurice Pujo ne tarissent pas d’éloges sur le nouveau sous-secrétaire d'État. Le 26 juin Maurras et compagnie prennent le parti du maréchal. Ils deviendront aveuglément pétainiste (anti-collaboration) pendant toute l'occupation.
Très rapidement Launoy est rejoint par des gens comme lui. Sur Paris les principaux membres de son réseau naissant sont : Roland Coqueugniot (1895 fusillé le 27 octobre 1942) commerçant ; Raymond Guet (1897, décédé au camp de Sonneburg 1944), administrateur principal de la Marine ; Ernest Massip (1890 décédé au camp de Buchenwald 1945) commis principal de comptabilité à l’Administration centrale des finances ; Jean Willoughby (1879 1945), capitaine de réserve ; Louis Mandin (1872 décédé au camp de Sonnenburg en 1943) secrétaire de rédaction au Mercure de France ; le docteur Georges Holstein (1905 décédé au camp de Buchenwald 1945) ; les pères dominicain Joseph Guihaire et Rémy Chenault (1899 décédé au camp de Sonnenburg 1943). Ils sont tous deux les auteurs des textes dénonçant les lois antisémite d'octobre 1940 dans le journal. D'ailleurs avec l’aide du sous-prieur du couvent ils fournissent des faux papiers aux juifs que les Sœurs de Sion protègent dans leur Maison-mère rue Notre-Dame des Champs. Ils sont rejoint par Pierre Stumm (1900, fusillé le 27 octobre 1942) lui aussi monarchiste, façonnier en traitement des métaux, qui organise, dès août 1940, un groupe de sabotage et de renseignement qui opère dans la région d’Argenteuil, de Courbevoie, aux usines Renault et à la gare de l’Est.
Une vraie diversité socio-professionnelle singularise les membres de La Vérité Française, composé d’industriels, d’artisans, de commerçants, d’employés, de fonctionnaires, tous hommes et femmes d'âge mûres souvent pères et mères de famille. Plusieurs sont d'anciens combattants de la Grande-Guerre. Beaucoup ont milité dans les mouvements de droite d'avant-guerre et ils sont majoritairement anti-communiste. En rien l'image des déclassés, des écervelés en quête d'aventures, des « suppôts du Komitern », que l'on présentent dans la presse collabo.
La Vérité française devient un réseau-mouvement qui va s'activer en zone occupée. De Paris, il s'étend vers la banlieue et la province proche. Principalement à Versailles (Julien Lafay) et à Soissons avec Daniel Douay, transporteur (1891, fusillé le 27 octobre 1942) ; Jean Vogel, fourreur (1891, fusillé le le 27 octobre 1942) ; Émile Louys (1885,fusillé le 27 octobre 1942) ; Paul de Launoy (frère de Jean), Henri-Clotaire Descamps, capitaine de gendarmerie (1906 - mort décapité à la prison de Brandebourg-sur-la-Havel 1942), etc.. Les activités vont se diversifiés. De l’édition du journal et sa distribution, le mouvement passe à l'action : Aide aux prisonniers de guerre Anglais et Français ; Passage entre les zones ; Cache des réfractaires ; Sabotages ; Organisation de dépôts d’armes.
Dans la zone nord, même si l'administration reste aux mains des fonctionnaires de Vichy, ce sont bien les Allemands qui mènent la répression. Le groupe de Jean de Launoy est dans la ligne de mire de la Geheime Feldpolizei de l'Abwehr.
En août 1941, le jeune Belge Jacques Desoubrie, une ordure nazi, est chargé par l'occupant d’infiltrer les organisations de résistance. Il se présente comme un soldat français évadé des prisons allemandes. A Soissons, il rencontre la famille de Jean Vogel qui le prend en charge. Mis en confiance Vogel lui fait rencontrer le groupe parisien. Il va rapidement faire son œuvre.
Au moment où paraît le 32 numéros de La Vérité française, le 25 novembre 1941, la police allemande passe à l'action, tant à Paris et sa banlieue qu’en province. À Paris, Jehan et Paul de Launoy, M. et Mme Willoughby, la famille Massip, Roland Coqueugniot, Louis Mandin, Pierre Stumm, et Raymond Guet sont appréhendés. Les boches font aussi une rafle au couvent Saint-Jacques où ils interpellent les révérants-pères Guihaire, Chenault, le prieur Desobry et le maître des novices Chevignard. Le groupe de Paris est démantelé mais les Allemands ne s'arrêtent pas là . Bien informé par le traître les groupes de province sont eux-aussi alpaguer. À Versailles Julien Lafaye est arrêté le même jour. Plus tard, c’est au tour de Michel Dujardin, Maurice Moreau et Roger Pincet. Enfin Georges Holstein, assistant du docteur Lafaye, est interpellé à son tour le 22 décembre 1941. Ce n'est pas terminé. Les groupes de Soissons, Amiens, etc., sont eux aussi détruit. Plus de 80 Résistants sont emprisonnés entre novembre et décembre 1941.
Les patriotes français sont embastillés à Fresnes et quelques-uns relâchés comme le révérend père Chevignard le 18 décembre 1941 et Paul de Launoy le 16 janvier 1942. L’instruction, faite exclusivement par les allemands, est gardée secrète. Lors du procès, les avocats français n’ont pas le droit de plaider. Le procès dure du 15 avril au 30 mai 1942 devant le Tribunal supérieur de guerre (Allemand) de la rue Boissy-d’Anglas.
A l’issue du procès, Jean de Launoy, Roland Coqueugniot, Daniel Douay , Émile Louys, Pierre Stumm et Jean Vogel, le capitaine Descamps, le père Guihaire, le Docteur Lafaye, Louis Mandin, André Meurgue et Maurice Moreau sont condamnés à mort. Certains voient leur exécution suspendue. Massip est condamné à huit ans de prison pour détention d’armes et de tracts, Mme Germaine Vogel à deux ans, Roger Pincet à six ans, Louis Leseigneur à sept ans, le père Henri Chenault à quinze mois et Holstein à cinq ans. Les résistants dont la sentence fut suspendue furent tous déportés dans le cadre du décret « Nuit et Brouillard », la plupart à Karlsruhe, Reinbach et Sonnenburg.
Le 27 octobre 1942, à 16 heures, Roland Coqueugniot, Daniel Douay, Jean de Launoy, Emile Louys, Pierre Stumm et Jean Vogel sont fusillés au champ de tir de la place Balard à Paris.
Les autres condamnés à mort partent en Allemagne. Le révérend père Guihaire, déporté au camp de Brandenbourg est exécuté en même temps que le capitaine Henri-Clotaire Descamps le 5 décembre de la même année. André Meurgue et Maurice Moreau subissent le même sort, le 15 mai 1944, à Sonnenburg (Pologne). Julien Lafaye décède après avoir subi de multiples mauvais traitements. Le père Chenault, M. et Mme Mandin, M. Pincet, Georges Holstein, MM. Leseigneur, Pluche, Delhaye et Dufour du groupe de Soissons meurent également en déportation.
Après la libération, le traître Jacques Desoubrie est exécuté le 20 décembre 1949. Outre La Vérité française, il a donné aux nazis une partie du réseau Hector, le groupe de Compiègne, Les Petits Ailes du nord, le groupe combat zone nord, l'O.C.M., les réseaux Comète, Picout, Hunter, Turma-Vengeance, Ceux de la Libération, etc.