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Le général Henri Morel
(1889 – 1945)
Né à Lyon le 31 juillet 1889 dans la famille de Paul et Hélène négociants en peaux
Mercredi 30 juillet 1947, devant la commission parlementaire « Sur les événements survenus en France de 1933 à 1945 » l'ancien président du Conseil, Léon Blum (1872 †1950), déclare : « À cette même époque, j’ai convoqué à Paris l’attaché militaire de France à Madrid. Cet attaché militaire s’appelait, si j’ai bonne mémoire, le lieutenant-colonel Morel et il était, il ne s’en cachait pas, un officier d’Action française. Je l’ai reçu à Matignon, il m’a dit : “Monsieur le président du Conseil, je n’ai qu’un mot à vous dire, un roi de France ferait la guerre”. » Henri Morel est né à Lyon le 31 juillet 1889 dans la famille de Paul et Hélène négociants en peaux. Son père meurt en 1893. Il est élevé par sa mère. Le jeune garçon entre à l'école Ozanam, tenue par des prêtres, puis au lycée Ampère de Lyon. C'est un potache brillant - bachelier ès lettres (latin, grec, philosophie) en 1907 -, qui décide de préparer le concours d'entrée à l'École normale supérieure qu'il réussit en 1909. En 1912, à 23 ans c'est le tournant de sa vie, il échoue à l'agrégation de lettres. Depuis 1905, tous les normaliens sont astreints à deux ans de service militaire dans l'infanterie. En 1912, Henri Morel rejoint la caserne de Chambéry. La déclaration de guerre le trouve au 22e régiment d'infanterie (R.I.) rattaché à la IIe armée commandé par le général Édouard de Castelnau (1851 †1944). Henri Morel entretient une correspondance avec le général royaliste. Le jeune soldat participe à la bataille du Grand-Couronné (30 août 14) puis au combat de Gerbéviller où il est blessé à la jambe. À peine guéri, il rejoint son régiment et repart au combat. Promu lieutenant puis capitaine en 1916, à sa demande il intègre l'armée d'active. En mai 1918, dans l'Aisne, sa compagnie subit l'assaut de l'offensive Ludendorff. À Vrégny-Nanteuil-la-Fosse le capitaine refuse l'ordre de repli et défend malgré tout le village. Fait prisonnier il part pour l'Allemagne jusqu'en janvier 1919. L'ancien élève de la rue d'Ulm fait partie des très rares normaliens militaires. Rentré en France il pose sa candidature pour devenir professeur à Saint-Cyr. Le 1er septembre 1919, et pendant cinq ans, il va y enseigner l'histoire. À plusieurs reprises il défend l'armée de métier qu'il oppose à l'absurde guerre de masse, guerre démocratique, qui vide la nation de ses élites. Dans son remarquable livre « Un officier français dans la guerre d'Espagne » l'historienne Anne-Aurore Inquimbert analyse avec minutie toutes ses notes, articles, livrets qu'il a laissés. Elle montre parfaitement ce qui le rapproche des théories de Maurras et de Bainville sur la démocratie. À la sortie de la Grande Guerre Morel affirme ses convictions monarchistes. En 1922, à Saint-Cyr, Morel croise de Gaulle qui pendant un an va donner, lui aussi, des cours d'histoire. Il semble que le saint-cyrien n'ait pas beaucoup apprécié le normalien... En 1924 il rencontre Elisabeth Ducorp (1901 †1978) avec laquelle il aura cinq enfants. Poursuivant ses publications dans de nombreuses revues militaires il rencontre une petite notoriété que Bernard de Vesins, président de la Ligue d'AF, remarque. Morel donne trois articles à la toute jeune revue que viennent de créer Jacques Maritai, (1882 †1973), Henri Massis (1886 †1970) et Jacques Bainville (1879 †1936), la Revue Universelle (numéro du 15 août 1923) « Plutarque et la tactique » ; en 1924 (numéro du 1er août) « Chatterton ou le romantisme militaire » ; et encore en 1925 (numéro du 15 novembre) : « L'Afrique du nord : deux civilisations ». Il y analyse la colonisation et constate : « L'Islam a ses méthodes pour instruire et pour cultiver ; respectons-les. Tant mieux si elles arrivent à former une élite. Cette élite, reconnaissons-là ; donnons-lui la place à laquelle elle a droit dans son milieu... Nous aurons rendu aussi léger que possible le poids d'une conquête à laquelle l'Afrique ne consentira jamais au fond de son esprit et de son cœur... » À la sortie de son professorat (1926) il est officialisé dans le Service du Renseignement (S.R.) au deuxième bureau de l'état-major de l'armée (E.M.A.). Il ne va pas y rester longtemps. L'année suivante il présente le concours de l'École supérieure de guerre (E.S.G.). Pendant les deux années de cette nouvelle scolarité il va se lier d'amitié avec Jean de Lattre de Tassigny (1889 †1952). À sa sortie, breveté, il retrouve les bureaux de l'E.M.A. où il est titularisé chef du service du renseignement Méditerranée (Italie, Espagne, Portugal, etc.). Jusqu'en 1935 Henri Morel va se faire remarquer pas ses notes et comptes rendus atypiques. A l'opposé du fonctionnaire militaire, nommé chef de la section méditerranée, il veut apprécier les pays qu'il doit analyser. Il fait des séjours en Espagne... puis dans l'Italie de Mussolini. Comme plus tard avec l'Espagne franquiste, Morel autopsie l'Italie du Duce sans a priori. Il remarque l'absence de grands chefs militaires dans son armée, la désorganisation civile, etc.. Il propose de ne pas s'allier avec ce bateleur d'estrades et son armée de parade. Malgré ses opinions monarchistes, il ne subit pas l'attrait de « l'ordre pour l'ordre » des nationalistes. Il base ses réflexions sur une connaissance approfondie avec comme seul critère « l'intérêt de la France », et non sur des fantasmes idéologiques. Le 27 mars 1936, le Quai d'Orsay avise l'ambassade de Madrid de la nomination du commandant Morel comme attaché militaire. Il est promu lieutenant-colonel. À propos de sa nouvelle affectation il écrit : « En toute objectivité (…) les tendances politiques de gauche sont une antidote utile à des influences soit italiennes soit allemande considérées sous l'angle doctrinaire de l'hitlérisme et du fascisme. L'intérêt français peut donc momentanément tirer avantage de ses aversions et en tirer profite ». C'est avec cet état d'esprit que le lieutenant-colonel Morel arrive en Espagne au début de la guerre civile le 16 juillet 1936. Comme à son habitude il part sur le terrain, rencontre les deux bords, vient en aide aux Français combattants. Il constate que malgré les engagements de non intervention (Comité de Londres 1936) plusieurs dictatures interviennent : En faveur de Manuel Azaña et du Frente popular, l'U.R.S.S., et en faveur des franquistes l'Allemagne, l'Italie et le Portugal. Morel fait de nombreux rapports prônant ouvertement l'engagement de la France avec le Frente popular considérant que si Franco gagne, l'Espagne sera redevable à l'Allemagne nazis et à l'Italie fasciste... Ce qui se réalisera lorsque Franco réclamera sa part de la découpe de la France lors de l'armistice en juin 1940. Le refus d'Hitler est peut-être la cause de l'attitude de Franco pendant la guerre. En février/mars 1939, il rentre en France avec sa famille. Lorsque le 20 mars 1938, Léon Blum, s'entend dire par le lieutenant-colonel Henri Morel : « je n’ai qu’un mot à vous dire, un roi de France ferait la guerre », il ne peut qu'être surpris par cette position paradoxale, puisque la grande majorité des monarchistes et des catholiques français soutiennent les autocrates européens. Pourtant cette position n'est pas unique chez les royalistes. Georges Bernanos (1888 †1948), voyant les massacres des populations par les phalanges du Caudillo, décide de dénoncer l’erreur du « patriotisme niais », l'arrogance des « imbéciles » et les « bien-pensants » (Les grands cimetières sous la lune, 1938). Il faut ajouter Hubert de Lagarde (1898 mort à Dora-Ellrich en 1945), qui dans son livre Le procès d'Italie (1939), condamne l'hypothétique alliance avec l'Italie du Duce. Livre qui sera mis au pilon par Vichy. D'ailleurs l'Action française, comme Je suis Partout, ont dénoncés le traître Bernanos... oubliés Lagarde et ignorés Morel. À la fin de la guerre civile (mars 1939), pendant que le nouvel ambassadeur Philippe Pétain (1856 †1951) s'installe à Madrid, Morel s'occupe de l'arrivée des Républicain-espagnols dans les camps du sud de la France. Fin avril, il obtient un congé de cinq mois et rejoint sa famille pour accompagner son dernier fils mourant. À l'instant où notre pays entre en guerre, il est nommé commandant du 8e régiment de Tirailleurs tunisiens (R.T.T.). Il part pour Bizerte. Son régiment est appelé en métropole, pour participer aux combats. De son côté, il se retrouve sur le littoral (Nice) pour y organiser la défense. Morel n'y reste pas. Le 25 mai 40, il rejoint le secteur fortifié de Savoie comme commandant de l'infanterie. Le 10 juin il fait face à l'offensive fasciste. Ce qui lui permet de confirmer ses rapports, des années trente, sur l'armée du Duce : « Ce sont sans contestation possible des troupes d'une médiocrité absolue et d'une combativité nulle. » Opposé à des troupes italiennes six à sept fois supérieur en nombre les Français tiennent la Tarentaise. Morel reçoit la croix de guerre 39-40. Resté dans l'armée de Vichy, nommé commandant de la subdivision de Sousse (25 août 40), il retrouve la Tunisie. D'abord sous l'autorité du général Audet puis, en septembre 1941, il a la joie d’obéir à son ami de l'E.S.G. le général Jean de Lattre de Tassigny. Comme de Lattre, Morel n'est pas un séditieux et sans faire allégeance au pétainisme, il suit les consignes du général Weygand (1867 †1965) : empêcher les manœuvres italo-allemandes, préparer l'armée française pour la revanche et garder une neutralité envers et contre tous. Ce qui va troubler cette belle combinaison est la mort accidentelle, le 12 novembre 1941 à Bréau-et-Salagosse dans le Gard, du secrétaire d'État à la Guerre le général Charles Huntziger (1880 †1941). L'opposition déclarée entre l'amiral Darlan (1881 †1942) et le général Weygand conduit au limogeage de ce dernier. Son ami De Lattre quitte la Tunisie et rentre en métropole pour commander la 16e division militaire de Montpellier : Aude, Aveyron, Hérault, Lozère, Tarne et Pyrénées orientales. Les prises de positions d'Henri Morel pendant la guerre d'Espagne ont laissé des traces dans l'administration militaire. La majeure partie du haut commandement, favorable aux franquistes, ne lui fait plus confiance. Jean de Lattre le tire de cette mauvaise passe. Ce dernier le fait affecter à Montpellier : « Soyez sans crainte en ce qui concerne l'avenir. Vous êtes désormais avec moi, je ne vous lâcherai plus ». Début septembre, le nouveau commandant de l'Infanterie divisionnaire, Henri Morel, arrive en Languedoc. Le 11 novembre, lorsque les Allemands franchissent la Demarkationslinie, de Lattre, entouré de son état-major (le colonel Henri Morel, les commandants André Tabouis, Jean Constant et le lieutenant René Perpère) prend le « maquis » pour s'adosser à la frontière espagnole et défendre Port-Vendres, ultime escale pour gagner l'Afrique du Nord ou permettre un débarquement des Alliés. Ils sont tous arrêtés et mis en prison. De Lattre jugé, condamné, les autres inculpés passent devant le tribunal militaire de Toulouse. Le 23 mars 1943, le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu. En attendant, le 1er mars, Morel et mis en congé d'armistice avec une demi solde. L'officier retrouve sa famille en Savoie. Après la dissolution de l'armée française, décidée par Hitler, l'État organise un service de reclassement des militaires de carrière dans les administrations... Morel ne va pas en bénéficier. Il essuie un refus du service historique et des Affaires étrangères, etc.. Au regard de son passé universitaire il prétend à l'enseignement. Mais là encore le rectorat fait plus que traîner le dossier. En juin 1943, dans une longue lettre au recteur, il résume sa carrière universitaire à Normal sup', ses cours à Saint-Cyr, ses conférences dans le cadre militaire, ses très nombreux articles, ses commandements et évidemment sa carrière d'attaché militaire à Madrid. Maints problèmes semblent jouer contre lui... Il n'a pas suivi le parcours classique : c'est normalien et non un saint-cyrien. Ses rapports pour le S.R. ne sont pas très appréciés. Et surtout son attitude du 11 novembre est plus que condamnée. D'ailleurs une note interne du secrétariat d'État à la Défense, de novembre 1943, confirme la mise au pilori des insurgés de novembre 42. En mai 1943 l'armée allemande pourchasse les Résistants. Elle décide d'arrêter préventivement certains militaires susceptibles de devenir les chefs d'une insurrection. Henri Morel, mal noté par les hommes de Vichy, est plus que suspect. Sans avoir pris contact avec un groupe ni être en relation avec l'armée clandestine, sa rébellion avec de Lattre le condamne. Le 9 mai 1943 à 8h30, deux Allemands en civils, membres de la Geheime Staatspolizei, viennent l'arrêter à son domicile. Il entre à la prison Montluc de Lyon. En juillet il part pour Compiègne et, le 16, il prend le train pour Hambourg-Neuengamme où il devient le n°36384. Il y décède d'une pneumonie le 13 septembre. Sa femme va se « battre » pour qu'il soit reconnu par l'administration comme « déporté résistant ». Le général Jean de Lattre de Tassigny intervient à plusieurs reprise. Le 4 mars 1946 il est promu, à titre posthume, général de brigade et le 4 octobre 1954 (dix ans après la fin des combats en France) il reçoit la médaille de la Résistance.