Henri Fruchaud est né à Angers en 1894. Comme son père, il fait de brillantes études à la Faculté de médecine et devient interne des Hôpitaux de Paris. Lors de la Grande-Guerre, jeune infirmier, il brancarde et soigne sur tous les fronts : la Marne, Ypres, le mont Saint-Éloi, Loos, Verdun, la Somme. Le jeune interne-chirurgien passe quatre ans au milieu des poilus et découvre que la médecine de guerre n'est pas vraiment adaptée, bien trop loin du front... Il en tire des conclusions pour la guerre à venir. En attendant, il reçoit nombre d'éloges, la Légion d'honneur, la médaille militaire et la croix de guerre 1914-1918. Passionnée de photos, sa famille garde une collection de plaques photographiques des fronts de la guerre 14-18 d'une rare qualité. Démobilisé il retourne à Angers où il devient professeur en chirurgie. Monsieur le professeur s'inscrit à l'Action française et participe à de nombreuses réunions de la section royaliste d'Angers. A plusieurs reprises son nom apparaît dans les listes de souscripteurs. En mars 1934, à Nantes, il est à la table d'honneur du grand Banquet des Médecins monarchistes de l'Ouest (200 participants) présidé par Charles Maurras. 39-40 la guerre, la drôle de guerre, Fruchaud retourne dans l'armée. Mai-juin 40, il suit la débâcle et écoute le discours du général. De Saint-Jean-de-Luz il part à Londres et rejoint les Forces Françaises combattantes. Charles de Gaulle le nomme à la direction des services de santé. Mais il refuse d'être un pantouflard qui part chaque matin à son petit travail pendant que les autres sont au front. Fruchaud décide, malgré son âge, de participer physiquement à l'aventure. Il est avec l'escouade française qui part vers Dakar en septembre 1940. A l’arrivée au Sénégal, le 23 septembre, il soigne Thierry d'Argenlieu et Jean Bécourt-Foch blessés par leurs compatriotes aux ordres de l'amiral Darlan. Mis à la tête du service de santé des forces françaises libres, il met en place un service d'ambulances destiné à accompagner le corps expéditionnaire en Afrique de l'Ouest. Il va appliquer sa doctrine : « Opérer le blessé le plus tôt possible, le plus près des lignes, lui éviter les longs transports si meurtriers à cette époque, dans ce théâtre d’opérations aux lignes de communication très longues et pénibles dans un climat peu clément. » Après Dakar, il participe à la campagne du Gabon. En février et mars 1941, il accompagne les F.F.L. en Erythrée et prend la tête du service chirurgie de l'ambulance Hadfield-Spears. C'est finalement au Liban que le service prend ses marques après les bombardements vichystes sur les forces françaises libres. Le 21 juin, l'ambulance est déplacée vers Damas où elle traite plus de quatre cents blessés avant que les deux camps ne signent un armistice le 14 juillet 1941 à Saint-Jean d'Acre. En décembre 1941, promu médecin-lieutenant-colonel, il repart au combat vers la Libye. Il organise un poste chirurgical sur la position de Bir-Hakeim où il se trouve en mai 1942. Le 26 mai, il est au milieu de la bataille Comme le dit son confrère le médecin général Reilinger en 1960 dans la revue de la France Libre n°128 : « Il fallait voir Fruchaud à Bir-Hakeim, assis dans une tranchée individuelle, un véritable trou plein de cette poussière fine du désert de Libye, rédigeant sur ses genoux son tome I de Chirurgie de guerre... ». Devant opérer les blessés dans des conditions épouvantables sous les bombardements ennemis, il parvient, avec son équipe, à évacuer les lieux le 10 juin. Joseh Kessel dans son livre « Tous n'était pas des Anges » (éditions 10/18, 1963), raconte cet étrange docteur : « On avait un autre professeur avec nous, un médecin celui-là , il s'appelait Fruchaud. Il n'avait ni l'âge, ni la santé pour la guerre. Pourtant il a fait toute la campagne. A Queren, il opérait en toute première ligne, à 2000 mètres d'altitude, à deux jours de marche de la base de départ. Il en a sauvé des hommes celui-là ... » Ce que confirme Mary Borden (Madame Spears) : « C'était un tigre capable d'opérer 24 heures d'affilée à la vitesse de la lumière. » (Journey down a blind alley » roman paru au Etats-Unis.) Après Bir-hakeim, le professeur, gravement malade, quitte l'ambulance Hadfield-Spears pour être soigné à Alexandrie puis il est affecté à l'hôpital militaire de Damas. Devenu chirurgien-consultant des forces françaises libres sur tout le Moyen-Orient. Pourtant il ne s'arrête pas là . En septembre 1943, il rejoint le corps expéditionnaire français lors de la campagne d'Italie et participe aux combats : Monte Cassino, Garigliano, Vénafro, etc. L'année suivant il retourne en Syrie où il devient médecin-chef de l'hôpital Saint-Louis à Alep, au point que cet hôpital est communément nommé l'hôpital Fruchaud. Le général de Gaulle le fait Compagnon de la libération par décret le 16 octobre 1945. Après-guerre, Henri Fruchaud travaille à l'hôpital d'Alep jusqu'en 1954. Quittant ce Moyen-Orient là , il s'installe au confins du désert, à Ghardaia en Algérie, où il bâtit un hôpital. En 1959, sa santé déclinante, il décide de rentrer en métropole où il exerce quelques mois à l'hôpital de Poitiers. En 1960, victime, en plein travail, d'une hémorragie cérébrale, devenu hémiplégique, il décède en août. Il est enterré auprès des siens au cimetière de Trémentines (Maine-et-Loire). Henri Fruchaud est Commandeur de la Légion d’Honneur et Compagnon de la Libération. Il a reçu la Croix de Guerre 1914-1918 avec 4 citations, la Croix de Guerre 1939-1945 avec 2 citations, la Médaille Coloniale avec agrafe "Libye", la Médaille Coloniale avec agrafe "Erythrée", la Médaille de Saint-Georges (Russie).