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Hélène de Suzannet
(1901 – 1961)
Ce nom illustre vient de la mémoire vendéenne, des guerres pour la liberté contre le totalitarisme de la fin du XVIIIème siècle. Jean de Suzannet (1884 †1938) est l'arrière-petit-fils du comte Pierre-Constant de Suzannet (1772 †1815) l'adjoint de Charette, le chef de l'armée catholique et royale. Cet ancêtre devient le chef de l'armée du Bas-Poitou, participe au complot de Georges Cadoudal pour éliminer le tyran-usurpateur Buonaparte. Arrêté, il s'évade et organise l'insurrection vendéenne. Il meurt au combat, pour la France, Dieu et le Roi, le 21 juin 1815 à la bataille de Rocheservière. Son descendant choisit les armes. Sous les ordres du général Lyautey, il participe à la pacification de la frontière algéro-marocaine. Pendant le Grande Guerre il est à l'État-major du général Foch à Nancy, puis au grand Quartier général où il participe aux liaisons avec l'armée britannique. En 1920, sa première femme décède d'une méningite le laissant seul pour élever leur fille Jacqueline. À 35 ans, en 1921, il quitte l'armée et se reconvertit dans l'industrie. Le 24 août 1922, il épouse Hélène jeune femme de 21 ans. Elle n'est pas vendéenne puisqu'elle est originaire d'Ay-en-Champagne. Hélène est née le 20 octobre 1901 dans la famille du colonel Durant de Mareuil (noblesse d'empire) commandant de l'école de cavalerie de Saumur. Sa mère décède en 14 et son père en 1920. Elle se retrouve orpheline. La jeune fille est alors sous l'autorité de son oncle maternel Georges Duval de Fraville qui lui fait donner la meilleure éducation possible (elle parle couramment l'anglais, l'italien et l'allemand). La jeune femme, passionnée de musique et d'opéra, reprend à tue-tête les grands airs italiens qu'elle affectionne. Par des relations communes elle rencontre Jean de Suzannet. Les jeunes mariés quittent la France pendant une dizaine d'années et élèvent leurs enfants au Canada. En 1934, de retour en Vendée, la famille s'installe dans la demeure paternelle, La Chardière, près de Chavagnes-en-Paillers. Monsieur le comte reprend les activités de son père. À la demande du maire royaliste, Tancrède de Guerry de Beauregard, il retrouve le siège de son père au conseil municipal de Chavagnes. En 1936, il est élu député Fédération Républicaine de la deuxième circonscription de La-Roche-sur-Yon et conseiller général du canton de Saint-Fulgent en 1937. Député pendant le Front populaire, Jean de Suzannet participe à la commission sur l'armée. Comme ses confrères de la Fédération Républicaine il défend, contre la gauche, le droit de vote des femmes et s'alarme des menées pacifistes alors que l'Allemagne se réarme. Cette Fédération est un mouvement de la droite libérale et patriote dirigé par Louis Marin, Henri de Kérillis et dont certains membres sont ouvertement antisémites (Xavier Vallat, Philippe Henriot), d'autres viennent de l'Action Française (Jean-Louis Tixier-Vignancourt, Louis François-Martin, Jean de Suzannet), mais la majorité reste conservatrice. Ce regroupement des droites sera représenté dans les instances de la résistance par Jacques Debû-Bridel et la Fédération Républicaine sera le sixième membre du Conseil National de la Résistance (C.N.R.). Madame Hélène de Suzannet partage les opinions politiques de son mari. Le malheur s'abat sur la famille, le 27 janvier 1938, lorsque Jean de Suzannet meurt, suite à un accident de voiture. Édouard Herriot lui rend hommage à la chambre des députés : « De toute son affection, de toutes ses origines, monsieur Jean de Suzannet appartenait à cette région de France au plus profond de laquelle ses traditions de famille s'enracinaient. Le nom qu'il a porté avec tant d'honneur se lie à l'histoire même de cette contrée (...) » La jeune mère de famille se retrouve seule avec six enfants : la première fille de son mari, Jacqueline, et ses propres enfants, Roland, Lionel, Robert, Alain et Sybille. En 1939, lorsqu’arrive la guerre, la Vendée accueille de très nombreux réfugiés. Hélène s'engage au service de la Croix Rouge et devient infirmière bénévole à l'hôpital de La-Roche-sur-Yon. La région est infestée par les nazis qui s'y installent et réquisitionnent le petit séminaire et les écoles privées de Chavagnes. La propriété des Suzannet, la Chadrière, est en partie occupée jusqu'à la Libération. Dès juillet 1940, Hélène de Suzannet se déclare ardemment et ouvertement gaulliste. De retour à Paris, elle devient assistante sociale dans les services du Val-de-Grâce et de l'Hôpital Saint-Louis. Le 11 novembre 1940, elle accompagne ses deux fils Roland et Lionel sur les Champs-Élysées. En novembre 1942, elle réussit à faire passer Roland en Espagne, puis au Maroc. Après le Maroc, il rejoint la 1er armée Française du général de Lattre de Tassigny et participe au débarquement en Provence (août 1944) et à tous les combats de la Libération. Il obtient la croix de guerre avec palme. Roland de Suzannet tombe au champ d'honneur le 3 janvier 1946 en Indochine. Sa sœur Sibylle s'engage comme secouriste infirmière de la Croix Rouge dans les combats d’Extrême-Orient. Début 1941, le maire de Chavagnes, maintenu par Vichy, Tancrède de Guerry, lui demande de faire partie de son conseil municipal. Elle accepte. Pourtant elle est déjà en contact avec Andrée de Jongh (Belge), qui organise le convoyage d'aviateurs alliés vers l'Espagne (réseau Comète). En janvier 1943, le réseau est démantelé sur dénonciation du traître Jacques Desoubrie (qui a déjà dénoncé Jean de Launoy et la Vérité française). Alors, elle est recrutée par un agent anglais (Val William) qui monte une nouvelle filière par la côte bretonne. L'appartement de madame de Suzannet, 20 rue Greuze à Paris, recueille, dans l'attente des transferts, les aviateurs anglais et canadiens tombés du ciel. Agent P 2 (assimilé au grade de sous-lieutenant) elle s'active avec les réseaux « Shellburn » et « Vanneau ». Mais la grande affaire du gouvernement de Vichy et des troupes d'occupation est la question juive... À la demande de l'Union Générale des Israélites de France (U.G.I.F.) - un Regroupement de toutes les associations israélites voulu par Vichy et Berlin - , Hélène de Suzannet va cacher des enfants juifs et les convoyer vers la Vendée. Le 23 juin 1943, Hélène de Suzannet est arrêtée. Incarcérée à Drancy puis transférée à la prison de Fresnes, elle est mise au secret, passible de la peine de mort. Dès que la nouvelle de son arrestation est connue, le maire et le conseil municipal de Chavagnes lui font parvenir officiellement leur soutien (délibération du conseil municipal du 29 août 1943). Grâce à l'intervention de Pierre Taittinger (Président du conseil municipal de Paris nommé par Vichy), son dossier passe entre les mains du capitaine Ernst Roskoten, catholique rhénan, qui a déjà jugé d'Estienne d'Orves. Celui-ci se préoccupe de sa santé. Un médecin allemand la déclare inapte à la détention. Le juge allemand ajourne la procédure pour « inaptitude à la détention » et, une fois élargie, elle est placée sous la surveillance de la police. A la Libération, madame Hélène de Suzannet est nommée membre du Comité Départemental de Libération (C.D.L.) de Vendée. Elle y œuvre pour que les collabos aient droit à un véritable procès. Elle participe avec Irène de Lipkowski, Marcelle Devaud et Hélène Ribière, à la création du mouvement « Les Françaises libres », premier parti féminin fondé en France. Elle redevient conseillère municipale de Chavagnes-en-Paillers, puis conseillère générale du canton de Saint-Fulgent. Candidate aux élections à l’Assemblée constituante d'octobre 1945, sur la liste « Républicaine d’action agricole, maritime et sociale » menée par le royaliste Armand de Baudry d'Asson. Pendant la campagne électorale, elle parle de son expérience lors de la guerre, défend les réformes sociales, notamment parmi les agriculteurs, l’habitat rural. Elle se bat pour les écoles libres et appelle les femmes à voter. Élue député de Vendée avec ses confrères de la liste : Armand de Baudry d’Asson, Henri Rochereau et Charles Rousseau, elle est l'une des trente-trois (33) premières femmes à siéger dans une assemblée républicaine. A la chambre, elle siège avec la commission de la famille. Elle est nommée juré à la Haute cour de justice, travaille avec Edmond Michelet. Hélène de Suzannet est à l’origine d’une proposition tendant à inviter le gouvernement à procéder à une réforme de l’administration pénitentiaire dans le but d’utiliser la détention comme moyen de relèvement et de reclassement social et professionnel. Hélène de Suzannet vote contre le projet de Constitution du 19 avril 1946. Elle échoue aux élections de la deuxième assemblé constituante du 2 juin 1946, et ne se représente plus. Elle démissionne de son mandat de conseiller général pour s’effacer en faveur du royaliste de Guerry de Beauregard, qui lui succède au Conseil général en 1946. Madame Hélène de Suzannet s'éteint à Paris, le 24 décembre 1961. Pierre Taittinger lui rend hommage dans son livre. « Aux temps héroïques de la Révolution, elle aurait chevauché dans les chemins creux de sa Vendée ; dans les mois d'occupation elle s'est bornée à mener contre lesAllemands une lutte de tous les instants procurant les renseignements les plus précieux, aidant les aviateurs en difficulté, assurant les relais nécessaires pour mener jusqu'en Espagne ceux qui étaient venus atterrir sur notre sol de France, au cours de missions. Comment n'a-t-elle pas été prise vingt fois avant de l'être pour de bon ? » Madame Hélène de Suzannet est titulaire de la Croix de guerre de 1939-1945 avec étoile d'argent, de la Médaille de la Résistance, de la Croix du Combattant britannique et la Medal of Freedom des États-Unis.